Hunger Games

Suzane Collins – 2008

Suzanne Collins signe avec Hunger Games un roman au concept fort, ancré dans une thématique désormais célèbre : celle du “battle royale”. Si le principe d’un jeu de survie où des adolescents s’entretuent sous le regard d’un public fasciné n’est pas nouveau — le roman japonais éponyme l’avait déjà exploré avec une intensité autrement plus dérangeante —, Collins parvient à rendre son univers lisible, accessible et rythmé. Le lecteur, même averti, se laisse prendre au jeu de ce divertissement cruel, curieux de découvrir comment l’héroïne, Katniss Everdeen, parviendra à s’en sortir. Car l’issue semble malheureusement écrite d’avance ; ce n’est pas tant la destination qui importe que la manière dont elle sera atteinte.

Le roman attire d’abord par son efficacité narrative. L’action démarre sans longue exposition, et la tension, une fois installée, ne retombe guère. L’autrice sait maintenir un rythme soutenu, et la construction du récit, à mi-chemin entre la dystopie et l’aventure, conserve l’attention du lecteur jusqu’à la fin. Si on fait des rares tirades et réflexions politiques peu inspirées, on tourne les pages avec aisance, sans ennui, comme devant un film d’action bien monté. On comprend d’ailleurs sans peine pourquoi Hollywood s’est emparé du sujet : tout, dans Hunger Games, appelle à la mise en images — les décors, les costumes, la violence chorégraphiée et le manichéisme des émotions.

Mais derrière ce vernis d’efficacité, le texte révèle des faiblesses notables. La plume de Collins, d’abord, reste assez pauvre : l’écriture, souvent plate, manque de nuances et de souffle. Les dialogues paraissent convenus, parfois mécaniques, et l’intériorité des personnages demeure superficielle. Katniss, héroïne courageuse mais sans réelle faille, incarne la figure typique de la jeune rebelle vertueuse ; elle a toujours raison, les alliés qui la soutiennent sont bons par nature, et le Capitole, caricature du pouvoir totalitaire, incarne sans nuance le mal absolu. Ils sont tous bêtes et méchants et la réflexion ne va pas plus loin. Quant à ses ennemis dans ce fameux jeu sanglant, les districts de 1 à 4, ils ne sont pas plus élaborés et tiennent de la parodie de teen movies américains : archétypaux, dépourvus de réelle substance, ils servent surtout de décor à la mécanique du jeu.

Le constat est encore plus sévère lorsqu’on s’arrête aux personnages secondaires. Le président Snow, censé représenter la froideur politique et la cruauté du régime, peine à convaincre : ses motivations apparaissent floues, presque incohérentes, et l’histoire des Hunger Games eux-mêmes, qui aurait pu offrir un arrière-plan fascinant, reste esquissée sans profondeur. Quant à Peeta, censé être le contrepoint émotionnel de Katniss, il déçoit par son écriture. Présenté comme charismatique et attachant, il se révèle en réalité fade, sans consistance ni évolution. Les mêmes réflexions peuvent être faites concernant la petite Rue, qui va aider notre héroïne tout au long de l’aventure sans aucune raison valable. Cette absence de relief psychologique empêche toute véritable empathie ; on observe les personnages plus qu’on ne les ressent.

Ainsi, le premier tome de Hunger Games se lit davantage comme un roman conceptuel que comme une œuvre littéraire. L’idée séduit, la tension fonctionne, mais le fond reste pauvre. On pense parfois à un jeu vidéo bas de gamme : il faut avancer, survivre, sans trop réfléchir. Pour un lectorat adolescent en quête d’émotions fortes et de récits directs, la formule remplit son rôle ; pour un lecteur exigeant, elle laisse un goût quand même amer.

Malgré tout, la proposition conserve un certain charme : la narration rapide, l’univers dystopique attrayant (même si mal exploité) et le sentiment constant de danger confèrent au roman une efficacité indéniable. On suit les aventures de Katniss et de ses compagnons du district 12 avec un intérêt sincère, parfois même une curiosité coupable. Hunger Games n’est pas un grand roman, mais il a cette énergie brute des œuvres qui marquent leur époque, en dépit — ou peut-être à cause — de leurs limites. C’est une lecture divertissante, imparfaite mais attachante, un blockbuster de papier qu’on referme sans admiration particulière.

11/20

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