La Mallorée IV : La Sorcière de Darshiva

David Eddings – 1989

La Sorcière de Darshiva, quatrième tome de La Mallorée, s’ouvre avec la promesse d’un souffle nouveau, presque mystique, mais ne parvient qu’à offrir une longue répétition ralentie. Tout ce qui composait déjà les trois premiers volumes — prophéties omniprésentes, bavardages permanents, absence de danger réel — se retrouve ici, à nouveau, dilué dans une narration qui s’étire comme une route sans fin. On sent Eddings tenté de donner plus de profondeur à son univers, de rendre sa quête plus symbolique, mais la tentative échoue : l’aventure devient une succession d’oracles, de révélations molles et de dialogues qui tournent sur eux-mêmes.

Le titre laissait espérer l’apparition d’un nouvel antagoniste fort, Zandramas, la fameuse “sorcière” promise à incarner le mal renaissant. Mais cette menace reste une illusion. Zandramas n’existe pratiquement que par ouï-dire : elle parle dans les rêves, murmure des prophéties, s’évapore aussitôt qu’elle apparaît. On ne la voit jamais agir. Elle n’a ni épaisseur, ni charisme, ni même un plan qui tienne debout. Elle est censée être l’incarnation d’un pouvoir antique, mais finit par ressembler à une voix de synthèse répétant les phrases vagues d’un dieu fatigué.

Le décor, lui, aurait pu sauver les apparences. La jungle de Darshiva, les ruines de l’ancien culte, les peuples exotiques qu’on y croise… tout cela avait du potentiel. Mais, là encore, l’auteur reste en surface. Ces lieux sont décrits avec une paresse confondante, comme si Eddings en avait assez de décrire des paysages qu’il sait interchangeables. Les royaumes changent de nom, les peuples de coutumes, mais tout sonne pareil. Ce sentiment de répétition est renforcé par la toponymie : Darshiva, Cthol Mishrak, Zandramas, Kell, Perivor… autant de noms qui semblent sortis d’un générateur de fantasy des années 1980. À force, ils perdent toute saveur, comme si l’auteur inventait des syllabes sans logique linguistique ni cohérence culturelle. On n’a pas l’impression d’un monde, mais d’une carte de jeu de rôle griffonnée à la va-vite. Ce manque de soin dans la création linguistique rejaillit sur le ton général : on se sent dans une série B de la high fantasy où la mythologie n’a aucune racine. Les langues paraissent artificielles, les noms risibles, les peuples clichés. On ne peut s’empêcher de sourire à chaque nouveau nom solennel qui tombe comme une parodie involontaire d’héroïc fantasy : tout sonne grandiloquent mais creux. Ce défaut, déjà perceptible dans La Belgariade, devient ici flagrant, presque gênant.

On ressort de La Sorcière de Darshiva avec le sentiment d’avoir lu un roman qui s’écoute parler. L’écriture d’Eddings, toujours fluide, se transforme en bavardage érudit ; ses personnages, autrefois légèrement attachants, deviennent des caricatures figées ; et son univers, censé s’étendre, se rétrécit à mesure qu’il se répète. Même les mots qu’il invente finissent par paraître creux, comme si le monde lui-même avait perdu sa langue. Un tome d’attente et d’épuisement, où le verbe l’emporte sur le souffle et où la magie, devenue routine, éteint la dernière étincelle de mystère.

08/20

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