
Margaret Weisse & Tracy Hickman – 1994
Avec La Septième Porte, Weis et Hickman referment leur cycle avec une ampleur qui force le respect, mais non sans quelques maladresses. Après six volumes d’un monde patiemment bâti, l’attente est immense : tout doitmaintenant se clôturer. Et si les auteurs tiennent leur promesse d’offrir une conclusion complète et spectaculaire, ils le font avec une émotion parfois forcée, un excès de bienveillance narrative qui frôle, par moments, la facilité. C’est un final à la fois grandiose et inégal, où la cohérence de l’univers triomphe sur la justesse du ton.
Le style demeure fidèle à la marque du cycle : clair, lisible, mais sans éclat. L’écriture ne s’élève pas au rang d’une prose d’achèvement, et c’est sans doute ce qui laisse un léger sentiment d’inachevé. Le ton, souvent plus sentimental que dans les volumes précédents, traduit la volonté des auteurs d’offrir une résolution émotionnelle à leurs personnages. Malheureusement, cette volonté se double d’un lyrisme appuyé, parfois maladroit, où la simplicité du style se mue en naïveté. L’épilogue, notamment, frôle la mièvrerie — cette « tendance à l’happy end » que l’on pressentait déjà tout au long du cycle et qui se confirme ici pleinement. Et c’est dommage car les auteurs ont montré à travers cette heptalogie qu’ils étaient jusque là en mesure de créer des univers et de raconter des histoires qui s’écartent des sentiers battus et trop convenus.
Pourtant, derrière ces maladresses stylistiques, l’ambition reste admirable. Le cycle se clôt sur une symétrie parfaite : les sept mondes, les sept portes, les sept étapes d’une réconciliation impossible. Au delà du combat contre Xar, les auteurs parviennent à donner à leur mythologie un sens global, presque métaphysique. Les grandes forces opposées du récit — les Sartans et les Patryns, la vie et la mort, la liberté et l’ordre — trouvent enfin leur point d’équilibre.
Le scénario, dense et resserré, reprend le rythme rapide du tome précédent mais l’accompagne d’un souffle plus mystique. Les auteurs orchestrent le chassé-croisé final avec une maîtrise intéressante. Le lecteur est porté par un sentiment d’urgence et de clôture, où chaque chapitre semble ajouter une pièce à un puzzle gigantesque. Les rebondissements, nombreux mais bien dosés, évitent l’écueil de la confusion. Et même si la mise en place finale (par les dragons de Pryan et la nef présente dans le Nexus) use d’un peu trop d’astuces littéraires, la tension, toujours présente, culmine dans un dernier acte où l’émotion et la symbolique se rejoignent.
C’est Haplo, naturellement, qui porte la conclusion sur ses épaules. Son évolution atteint ici son terme : du serviteur dogmatique au héros tragique, il devient le point de fusion entre les deux races, la conscience qui reconnaît la faute de son peuple sans renier son identité. Sa trajectoire est d’une cohérence exemplaire et pourrait justifier à elle seule la longueur du cycle. Alfred, son éternel contrepoint, incarne la foi, la compassion et le pardon — non pas comme une vertu naïve, mais comme une nécessité. Leur relation, désormais dépouillée de toute hostilité, devient la clé de voûte du récit : la réconciliation n’est pas imposée par les dieux, elle naît de la compréhension mutuelle. Les autres personnages, même secondaires, trouvent un espace de conclusion plus ou moins satisfaisant. Zifnab, toujours aussi imprévisible, apporte ses dernières touches d’ironie et de clairvoyance ; les figures secondaires s’effacent sans fracas, comme si les auteurs avaient voulu recentrer toute la lumière sur le duo central. Les intrigues sentimentales, quant à elles, trouvent ici leur aboutissement, souvent trop conciliant, rarement crédible, mais cohérent avec la tonalité trop optimiste du final.
Sur le plan thématique, La Septième Porte résume tout ce que le cycle a voulu dire : la complémentarité des contraires, la nécessité de l’équilibre, la faillibilité du pouvoir créateur. L’« Onde », concept discret mais omniprésent depuis le début, trouve ici son sens plein : l’univers n’existe que par le rééquilibrage constant des forces. Cette idée, simple et puissante, confère à la conclusion une portée presque philosophique. Même si le traitement reste parfois schématique, on sent la sincérité du propos : la réconciliation n’est pas un miracle, c’est un effort.
Malgré un titre qui sonne beaucoup trop Fantasy de série B, les Portes de la Mort constitue sans doute le meilleur cycle des auteurs. On pourrait s’attendre dans un premier temps à une bête traveling-world story mais au final, on se retrouve avec un scénario sous-jacent à ces mondes qui se tient parfaitement et qui offre un florilège de suspense, de succession d’événements et de récits croisés, le plus souvent bien menés, malgré une tendance à l’happy-end. Vu le nombre de pages de ce cycle, il semble impossible d’éviter des déceptions. Heureusement, elles ne durent jamais longtemps et pour une histoire de high fantasy de la sorte, il est intéressant de noter que les auteurs ont évité de nombreuses facilités et raccourcis littéraires que certains sentiers, auparavant battus par d’autres auteurs, leur proposaient. C’est peut-être pour ça que le cycle, bien que simple dans sa conception et dans sa finition, mérite qu’on s’y intéresse.
14/20
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