
Marc Levy – 2000
Il est vrai qu’Et si c’était vrai… de Marc Levy repose sur une idée de départ plutôt séduisante. Même si la comparaison avec le blockbuster Ghost, sorti dix ans plus tôt est inévitable, le concept de la conscience d’une femme plongée dans le coma qui erre entre deux mondes, visible d’un seul homme, avait tout pour donner naissance à une intrigue sensible et singulière. L’auteur introduit ce point de départ avec une simplicité efficace : Arthur, jeune architecte solitaire, découvre la présence invisible de Lauren dans son appartement.
Très vite, la lecture révèle les limites d’un roman qui ne parvient pas à transformer une idée plus ou moins originale en expérience littéraire véritable. Le ton général s’installe dans une douceur excessive, où tout semble mesuré, apprivoisé, presque anesthésié. Le roman aurait pu flirter avec le mystère, l’étrangeté, voire la métaphysique ; il se contente d’un registre de bons sentiments mielleux, où chaque émotion est soulignée, surlignée, répétée jusqu’à l’usure. Cette abondance de tendresse convenable et de bienveillance sucrée finit par évoquer un scénario de film de Noël, avec tout ce que cela suppose de ficelles visibles et de coïncidences préfabriquées. On devine les rebondissements à l’avance, on sent la main de l’auteur tirer les ficelles du destin, on entend presque la musique de fin avant la dernière page.
Le cœur du roman s’enlise ainsi dans une romance cucul-la-praline, pour reprendre une expression populaire parfaitement adaptée. L’écriture ne s’autorise jamais la nuance : tout est limpide, rassurant, inoffensif. Le lecteur lambda sans grande exigence, s’il est d’humeur complaisante, peut s’y laisser bercer, mais sans jamais être happé. Les personnages manquent d’épaisseur ; Arthur, malgré ses bonnes intentions, apparaît davantage comme un vecteur narratif que comme un être complexe. Lauren, quant à elle, semble réduite à une fonction sentimentale : celle de muse éthérée, belle, douce, silencieuse, presque désincarnée. Et c’est peut-être là que le roman révèle son aspect le plus dérangeant. La romance sonne creux, faute de pouvoir disposer d’autres choses que des coquilles vides pour en composer le cœur. Rien ne marque vraiment, l’auteur tente de retranscrire une histoire d’amour avec la passion d’un étudiant qui doit écrire sa première rédaction : le ton est peut-être volontaire mais il est surtout maladroit. Dans certaines scènes, notamment celle du déshabillage de l’héroïne lors d’un moment de répit dans un chalet, l’écriture trahit un regard masculin fantasmé. On perçoit moins la pudeur d’un amour spirituel que la projection d’un désir inconscient, un mélange de fascination et de contrôle. Que le héros soit architecte comme Marc Levy (avant bien évidemment le succès planétaire de ce premier roman) n’est certainement pas anodin : il façonne, observe, ajuste, comme s’il dessinait une femme à son image, en même temps qu’il la « sauve ». Ces passages donnent au récit un arrière-goût d’intimité malaisante, où l’on ne sait plus si l’auteur raconte un miracle amoureux ou un fantasme mis en mots.
Quant à la fin, elle reste cohérente avec ce ton doux (pour ne pas dire plus) général. Pas vraiment de surprise : Lauren survit, Arthur s’efface, et le hasard, bien commode, les réunit à nouveau. C’est une conclusion logique mais prévisible, écrite comme on tournerait une dernière scène de comédie romantique américaine : un sourire, une reconnaissance diffuse, une promesse suspendue. Cette conclusion hollywoodienne, lisse et artificielle, clôt un roman qui se voulait spirituel mais se termine comme une carte postale.
Heureusement, le livre est bref. C’est peut-être son point positif. Sa concision empêche la lassitude de s’installer durablement. On en ressort avec l’impression d’avoir lu une idée mal exploitée : un fil narratif prometteur noyé sous les bons sentiments, un sujet fort qui aurait mérité un autre souffle. L’émotion est trop sucrée pour être sincère. Derrière les apparences d’une romance surnaturelle se cache un récit formaté, une histoire d’amour à l’eau de rose dont la légèreté finit par peser. On sent derrière chaque scène le désir d’émouvoir, mais rarement la nécessité et la capacité de le faire. L’ensemble reste une romance aseptisée écrite pour le grand écran plutôt que pour la page. Un récit qui se lit sans effort, mais qui ne s’imprime nullement dans la mémoire.
07/20
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