
J. K. Rowling – 2008
Après Le Quidditch à travers les âges et les Animaux fantastiques, J.K. Rowling, propose, avec Les Contes de Beedle le Barde, un nouvel objet littéraire qui s’inscrit dans l’univers de Harry Potter sans en constituer une extension véritablement nécessaire. Il ne s’agit ni d’un roman, ni d’un récit structurant pour la saga, mais d’un recueil de cinq contes supposément issus du folklore du monde magique. Et c’est précisément là que réside la première difficulté. L’ensemble donne l’impression d’avoir été conçu davantage pour justifier un produit dérivé que pour proposer une véritable expérience littéraire. On a le sentiment d’un livre qui existe parce que l’univers le permet, non parce qu’il en avait besoin.
Cette impression est renforcée par la faiblesse globale du contenu. Là où l’on aurait pu espérer une réinterprétation subtile des contes traditionnels, ou une profondeur morale comparable aux grands récits du genre, on se retrouve face à des histoires très simples, parfois anecdotiques, qui peinent à marquer durablement. Le premier récit, Le Sorcier et la Marmite sauteuse, repose sur une idée morale assez classique. Un sorcier égoïste refuse d’aider les Moldus et se voit confronté à une marmite enchantée qui reproduit les souffrances de ceux qu’il rejette. L’histoire est limpide, presque trop. La transformation du personnage est rapide, attendue, et ne laisse que peu de place à une véritable construction dramatique. La Fontaine de la bonne fortune propose une structure légèrement plus élaborée, avec plusieurs personnages et une progression en trois étapes. L’idée que la réussite ne vient pas d’un enchantement extérieur mais des efforts personnels n’est pas inintéressante en soi. Pourtant, le récit reste assez mécanique. Les épreuves sont convenues, leur résolution prévisible, et la conclusion, qui révèle que la fontaine n’était pas magique, manque d’impact. Le Sorcier au cœur velu tente quant à lui une approche plus sombre. L’histoire d’un sorcier qui s’arrache le cœur pour se protéger des émotions aurait pu donner lieu à un conte plus marquant. Il y a là une intention, une volonté de traiter un thème plus adulte, presque gothique. Mais le récit reste trop bref pour développer pleinement cette idée. La chute arrive sans véritable montée en puissance, ce qui limite son effet. Babbitty Lapina et la Souche qui gloussait s’inscrit dans une veine plus satirique. Le récit d’un roi moldu obsédé par la magie et manipulé par un charlatan contient une critique intéressante du pouvoir et de l’ignorance. Néanmoins, là encore, l’ensemble reste superficiel. Le conte amuse davantage qu’il ne marque, et sa portée reste limitée. Enfin, Le Conte des trois frères constitue sans doute le récit le plus abouti du recueil. Mais cette qualité tient en grande partie au fait qu’il avait déjà été développé dans Harry Potter et les Reliques de la Mort. Son inclusion ici donne une impression de redite. Le lecteur connaît déjà cette histoire, ses symboles, sa portée. La retrouver dans ce recueil n’apporte rien de fondamentalement nouveau.
L’un des problèmes majeurs de ce recueil réside dans son positionnement. Il ne s’agit pas de grande littérature, mais il ne parvient pas non plus à s’imposer comme une véritable réussite en littérature enfantine. Les contes sont très simples dans leur construction, souvent prévisibles dans leur déroulement et peu développés dans leurs implications. Les morales sont explicites, parfois même trop appuyées, et ne laissent que peu de place à l’interprétation.
On est loin de la richesse symbolique des grands contes classiques, qui parviennent à toucher plusieurs niveaux de lecture. Ici, tout est donné de manière directe, sans véritable profondeur. Plus encore, il n’est pas certain que ces histoires séduisent réellement un jeune public. Leur ton est parfois trop abrupt, leurs intrigues trop linéaires, et leur univers moins enchanteur que celui des romans principaux. Elles ne possèdent ni la magie immersive de Poudlard, ni l’attachement aux personnages qui faisait la force de la saga.
i/20
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