La Trilogie des Magiciens II : La Chasse aux Magiciens

Katherine Kurtz – 1972

Ce deuxième tome avait une fonction assez claire : transformer la mise en place encore timide du premier volume en une véritable dynamique conflictuelle. Sur le papier, tous les éléments sont réunis pour y parvenir. La situation s’est dégradée, les tensions se sont accrues, et l’Église, incarnée par Edmund Loris, devient une force de persécution ouverte et structurée. Le récit élargit également son champ d’action. Aux enjeux de cour viennent s’ajouter des révoltes populaires et des fractures internes qui donnent au monde une apparence plus instable. L’ensemble paraît donc plus dense, plus ambitieux, et potentiellement plus engageant. Pourtant, cette montée en puissance reste largement théorique. Dans les faits, le roman ne parvient jamais à traduire pleinement cette intensification en tension narrative.

L’un des apports réels de ce tome réside dans le déplacement du centre de gravité des personnages. Kelson, figure encore assez passive dans le premier volume, s’efface progressivement au profit d’Alaric Morgan et de Duncan McLain. Ce recentrage est logique et, en partie, bénéfique. Morgan, en particulier, gagne en épaisseur et en présence. Sa position de Deryni assumé, confronté à une hostilité croissante, en fait un personnage plus intéressant à suivre. Duncan, de son côté, apporte une dimension complémentaire, notamment dans le rapport à l’Église. Cependant, cette évolution reste en demi-teinte. Malgré leur potentiel, ces personnages ne parviennent pas à porter pleinement le récit. Ils restent souvent enfermés dans des interactions assez statiques, dominées par des échanges verbaux et des jeux d’influence qui manquent d’intensité. Les intrigues secondaires, comme celle autour de Bronwyn, peinent également à s’imposer.

Contrairement au premier tome, La Chasse aux Magiciens propose une intrigue plus éclatée, multipliant les axes narratifs et offrant des paysages variés. Contrairement au Réveil des Magiciens qui cloisonnait son action dans un univers assez restreint, on voit du pays dans ce second tome. Mais si cette densification devait permettre au récit de gagner en richesse et en rythme, l’effet recherché n’est pas vraiment atteint. Le roman donne l’impression de se disperser sans jamais parvenir à articuler ses différentes composantes de manière véritablement efficace. Les enjeux existent, mais ils ne s’imbriquent pas suffisamment pour créer une dynamique forte. Les scènes s’enchaînent sans réelle montée en tension, et le récit semble constamment freiné par une écriture qui privilégie l’exposition et le dialogue au détriment de l’action. Ce problème de rythme, déjà présent dans le premier tome, devient ici plus visible encore. Car là où l’on attendait une accélération, on se retrouve face à une narration qui reste étonnamment statique, malgré des enjeux théoriquement plus élevés.

Au-delà des questions de rythme, le roman souffre également d’un manque d’originalité dans ses mécanismes narratifs. Les conflits entre pouvoir religieux et pouvoir politique et les persécutions d’une minorité constituent des éléments largement exploités dans le genre. Et ce déjà durant les années 1970. Kurtz les maîtrise, sans aucun doute, mais ne parvient pas à leur insuffler une dimension nouvelle. L’ensemble fonctionne, mais sans surprise, sans rupture, sans véritable prise de risque. Cette absence d’originalité n’aurait pas été problématique si elle avait été compensée par une exécution particulièrement efficace. Or, ce n’est pas le cas. Le récit reste trop sage, trop contenu, et finit par donner une impression de répétition, voire d’usure, dès ce deuxième volume.

La Chasse aux Magiciens devait être le moment où la trilogie prenait son envol. Il n’en est rien. Si le roman enrichit indéniablement l’univers et développe certains personnages, il confirme surtout les limites déjà perceptibles dans le premier tome. Le manque de rythme, la difficulté à créer une véritable tension dramatique et le recours à des schémas très classiques empêchent le récit de franchir un cap. L’ensemble reste correct, parfois intéressant, mais ne parvient jamais à devenir réellement captivant.

10/20

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